Diaspora Kurde

Institut Kurde

Au cours de leur histoire mouvementée les Kurdes ont connu une série de déportations qui aboutirent à la constitution de nombreuses colonies kurdes, parfois à des milliers de km. du Kurdistan.

Ces déportations ont laissé des traces encore vivantes dans des pays aussi éloignés que la Kirghizie, le Kazakhstan, le Yémen, la Somalie et l’Erythrée. Des colonies kurdes ayant conservé leur langue et leurs coutumes sont présentes en Turkménie (60.000), en Azerbaïdjan (150.000), en Arménie (45.000), en Géorgie (50.000), en Afghanistan (200.000), au Liban (150.000). L’une des plus importantes colonies est celle des Kurdes déportés au XVIIe siècle par le Chah Abbas au Khorassan iranien où ils sont actuellement plus d’un million et demi et pratiquent toujours le dialecte septentrional (kurmancî). Les colonies kurdes d’Anatolie centrale, formées des tribus du Kurdistan méridional déportées par les Ottomans vers les provinces de Konya et d’Ankara conservent elles aussi leur langue et leurs coutumes.

Les événements politiques des dernières décennies ont poussé des millions de Kurdes vers les grandes métropoles régionales comme Istanbul (3 millions de Kurdes), Izmir, Adana, Mersin en Turquie, Bagdad en Irak, Téhéran et Tabriz en Iran, au point que l’on estime que près du tiers des Kurdes vivent hors du Kurdistan.

La formation d’une diaspora kurde en Europe est un phénomène récent. Dans les années 1960 des Kurdes de Turquie sont d’abord arrivés en Allemagne puis dans les pays du Benelux, en Autriche, en Suisse et en France comme travailleurs immigrés, dans le cadre des accords inter-gouvernementaux sur la main d’oeuvre immigrée. A la suite de la Révolution islamique en Iran, en 1979, du coup d’État militaire de septembre 1980 en Turquie, du long et meurtrier conflit Irak-Iran et de la campagne d’extermination des Kurdes (Anfal) lancée par le régime irakien, des vagues successives de réfugiés politiques kurdes sont arrivées dans les pays d’Europe occidentale et dans une moindre mesure en Amérique du Nord. Le lancement à partir de 1992 de la campagne d’évacuation et de destruction des villages kurdes en Turquie, doublée d’une politique d’assassinat des élites kurdes par les escadrons de la mort des forces paramilitaires turques, et, à partir du 2011 la guerre civile en Syrie ont amplifié l’exode kurde vers l’Europe.

Il n’existe aucun recensement rigoureux et fiable sur la diaspora kurde en Europe. Les estimations les plus courantes font état de la présence d’environ 1.5 à 1.7 million de Kurdes en Europe occidentale qui se répartissent comme suit :

Kurdes en Europe (mis à jour le 31 mai 2016)
Allemagne850.000950.000
France230.000250.000
Pays-Bas100.000120.000
Suisse85.00095.000
Belgique70.00085.000
Autriche80.00095.000
Suède85.000100.000
Grande-Bretagne70.00090.000
Grèce40.00050.000
Danemark25.00030.000
Norvège25.00030.000
Italie25.00030.000
Finlande15.00018.000

On compte également d’environ 50.000 Kurdes aux États-Unis et plus de 30.000 au Canada

La diaspora kurde d’Occident est à près de 80% formée de Kurdes de Turquie. Les Kurdes d’Irak forment d’importantes communautés en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, aux États-Unis et en Suède. Les Kurdes de Syrie sont de plus en plus nombreux en Allemagne, en France et en Suède. Celle-ci, en raison d’une politique d’immigration généreuse initiée par Olof Palme et d’incitations matérielles pour l’édition et la création, a su attirer une part importante de l’intelligentsia kurde tandis que l’Allemagne abrite surtout une immigration ouvrière.

La diaspora kurde joue un rôle culturel et politique important. C’est elle qui a su donner un nouvel essor à la langue écrite, à la littérature et à la musique kurde, interdites en Turquie, et susciter dans ce pays un regain d’intérêt pour la culture kurde. La diaspora kurde a également joué un rôle politique majeur pour faire connaître à l’opinion occidentale le sort des Kurdes dans les divers pays où ils sont persécutés.

Après une période de tâtonnements, la diaspora kurde, s’inspirant de l’exemple d’autres peuples, met progressivement en place ses propres institutions à la fois pour sauvegarder la langue et la culture kurdes, pour populariser la cause kurde et pour contribuer à une meilleure intégration des Kurdes dans leur pays d’accueil. Nombre de Kurdes participent désormais activement à la vie politique et culturelle de leur pays d’accueil comme écrivains, journalistes, artistes, musiciens, voire même députés.

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